Les sept chefs d’accusation de Georges W. Bush

Il n’avait pas trop maigri. Une barbe dépeignée, poivre et sel, bouffait son visage marqué par des rides que les caméras officielles de la Maison Blanche avaient réussi à cacher durant de longues années. Encadré par deux barbouzes des services de sécurité locaux, il avançait péniblement, car ses jambes étaient entourées de chaînes cadenassées. Derrière, on pouvait voir un car blindé. Lorsque l’accusé pénétra dans la salle d’audience, un étrange silence s’installa dans les travées occupées par quelques journalistes chanceux.

Le juge, un jeune du Wisconsin, avait belle allure avec sa robe noire. Il avait les cheveux très courts et son visage, qu’on n’arrivait jamais à voir de face, pour raison de sécurité, paraissait très beau de profil.

Georges W. Bush, libéré de ses chaînes et menottes, semblait à l’aise dans ce rôle inattendu d’accusé. Il fixait du regard le jeune juge qui gardait son sang-froid et ne semblait nullement impressionné par la qualité de l’accusé. Tranquillement, il commença par informer Bush des prérogatives du tribunal qu’il présidait et qui devait communiquer au détenu les charges qui pesaient contre lui.

Le président déchu, ne se contenant plus, éclata en ces termes : « Je suis le président élu des Etats-Unis d’Amérique et je suis votre chef suprême. Je ne reconnais à ce tribunal aucun pouvoir pour me juger. Il est sous l’autorité des extrémistes et des terroristes qui ont agressé mon pays et qui vous manipulent comme des marionnettes. Ceux qui ont organisé cette mascarade sont des traîtres… »

Se sentant obligé d’intervenir, le jeune juge fit remarquer au président que la séance du tribunal était tout ce qu’il y a de légal et qu’il devait la mener jusqu’au bout en lisant les sept chefs d’accusation contenus dans l’acte qu’il tenait à la main. Il fit également remarquer au détenu que les paroles qu’il venait de proférer n’engageaient que sa personne et que lui-même, en tant que juge, n’avait pas à les commenter. Alors, il commença la lecture de l’acte, sous le regard désapprobateur de Georges W. Bush :

« Premièrement, vous êtes accusé d’avoir organisé, planifié et mené jusqu’au bout l’une des plus grandes opérations de manipulation du siècle. Vous avez menti à votre peuple à propos de la présence, en Irak, d’armes de destruction massive. Ce mensonge d’Etat vous a permis d’avoir l’aval du pouvoir législatif et de l’opinion publique américaine pour mener votre guerre injuste contre le peuple irakien.

« Deuxièmement, vous êtes accusé de génocide. Bien avant le début de la guerre, vous avez délibérément bombardé des populations civiles. La puissance de feu qui s’abattit de vos avions, et qui n’a pas sa pareille dans l’histoire, était disproportionnée par rapport à la taille des cibles. Un grand nombre d’habitants, des citoyens civils, ont péri sous vos bombes. Gratuitement, sans que cela ait un rapport direct avec la guerre injuste que vous meniez contre le peuple irakien. Plus tard, sous l’occupation, vous avez continué à tuer femmes et enfants. A Felloudja notamment, où vos avions à la gâchette facile ont abattu, en une seule journée, trois cents civils. Dans d’autres villes aussi, où vous n’avez accordé aucune considération à la vie humaine. Aujourd’hui même, vous êtes en train d’abattre de nouvelles victimes civiles à Najaf, alors que le carnage continue à Felloudja.

« Troisièmement, vous êtes accusé d’avoir organisé, planifié et mené jusqu’à son terme l’un des plus grands pillages archéologiques de l’histoire de l’humanité. Sous l’œil bienveillant de vos soldats, des énergumènes dirigés et manipulés ont attenté à l’histoire millénaire de ce pays, dans le but d’effacer toutes les traces qui attestent l’ancienneté et l’authenticité de cette civilisation. Il fallait gommer tout ce qui pouvait prouver que cette terre est le berceau de l’humanité.

« Quatrièmement, vous êtes accusé de pillage économique. L’un des objectifs de votre guerre injuste contre le peuple irakien est de contrôler les immenses richesses énergétiques de l’Irak. Vous êtes également accusé de trafic d’influence dans l’octroi des concessions d’exploitation des champs pétrolifères dont un certain nombre fut cédé à la société de votre vice-président, Halliburton.

« Cinquièmement, vous êtes accusé de destruction massive de l’infrastructure de base de l’Irak. Il est prouvé aujourd’hui que de très nombreuses installations civiles ont été délibérément anéanties sans que cela ait un rapport direct avec la guerre injuste que vous menez contre le peuple irakien. Il a été également prouvé que l’octroi des marché de  » reconstruction  » se faisait en l’absence des règles élémentaires en vigueur dans ce domaine puisque la presque totalité des sociétés sollicitées par le pouvoir militaire américain à Baghdad étaient de nationalité américaine. Un petit nombre d’entre elles provenait des pays amis impliqués dans la guerre. Vous avez intentionnellement, et sans le passage habituel aux appels d’offres, refusé de recourir aux sociétés françaises, allemandes et russes, dans le but évident de sanctionner ces pays pour leur opposition à la guerre.

« Sixièmement, vous êtes accusé de crime contre l’humanité puisque vos soldats ont torturé et avili des prisonniers irakiens. Vous êtes accusé d’avoir attenté à la dignité humaine. Vous êtes accusé d’avoir ignoré délibérément la convention de Genève relative aux prisonniers de guerre. Ces crimes, largement médiatisés, attestent la brutalité de vos procédés d’interrogatoire. Les confessions de médecins qui ont maquillé des crimes survenus dans la prison d’Abou Ghrib ajoutent à l’horreur de cette sale guerre que vous menez contre le peuple irakien.

« Septièmement, vous êtes accusé d’avoir délibérément porté atteinte aux symboles religieux de l’Irak. Dès le 9 avril 2003, vos troupes se signalaient déjà par le bombardement d’un minaret de la mosquée d’El Adhamia, à Baghdad. Et depuis cette date jusqu’au bombardement qui touche actuellement l’enceinte du mausolée de l’imam Ali, à Najaf, vous n’avez eu aucune considération pour les sentiments religieux de la population irakienne. Dans le même ordre d’idées, certains de vos soldats ont obligé des prisonniers irakiens à interrompre le jeûne du Ramadhan durant la journée. Ils les ont également contraints à boire du vin et à manger du porc. Des soldats américains ont également procédé à des fouilles intimes sur des musulmanes irakiennes très attachées à leur religion. Vous êtes accusé de mener de nouvelles croisades, en vous appuyant sur une brochette de traîtres et d’anciens agents de la CIA qui forment aujourd’hui le nouveau pouvoir fantoche en Irak. »

A la fin de la lecture, Bush s’effondra en pleurant à chaudes larmes. Le juge avait-il réveillé une conscience engourdie par le pouvoir et ses privilèges ? La voix intérieure qui demande des comptes à chacun d’entre nous s’était-elle manifestée soudainement ? Non, Bush pleurait parce qu’il venait de réaliser qu’il allait finir ses jours en prison, dans une geôle insalubre, loin du faste et du luxe de son ranch texan. Mais le juge s’en moquait, des états d’âme du Georges W. Bush. Les deux gardes du corps s’approchèrent du tyran et l’arrachèrent de son siège d’un geste brusque.

Quant à la question qui taraudait les journalistes présents à la séance, elle ne trouvera pas sa réponse : « Quelle sera la sentence pour tous les crimes de Buch ? » Aucune, pour le moment. Car ce monde est trop injuste, trop lâche pour sanctionner les puissants. Mais l’histoire n’oublie jamais de réserver une place pour les tueurs de peuples. Elle se trouve toujours dans ses feuilles les plus sombres. Juste à côté des pages lumineuses où s’inscrit déjà, en lettres d’or, la légende des héros qui ont mis à genoux la première puissance mondiale ! Avec des armes de fortune et beaucoup de courage !