PETER WATKINS – CINEMA EN COLERE


CINEASTE POLITIQUE EN COLERE

Les films de Peter Watkins sont rares sur les écrans français. Soumis à de nombreuses censures, le spécialiste du faux reportage est resté longtemps absent de la télévision comme des salles de cinéma depuis que la BBC l’a banni au milieu des années 60 à cause de The War Game (La Bombe).

THE WAR GAME : NAISSANCE D’UN IDEAL POLITIQUE

Son arrivée était attendue avec impatience. Nous sommes en juillet 2004 et la salle est pleine à craquer, curieuse de voir ce film qui traîne derrière lui un parfum de soufre. C’est précisément lors de la projection de The War Game (La Bombe) que Peter Watkins décide de rencontrer pour la première fois le public du festival de La Rochelle. L’introduction à son œuvre passe par un film coup de poing où l’on assiste à l’attaque nucléaire de la Grande-Bretagne et à ses conséquences sur la population, filmées de façon extrêmement réalistes. Entre les crises d’hystérie dues au traumatisme, les victimes mourant d’asphyxie ou de faim, et l’incapacité des autorités à apporter quelconque aide matérielle ou assistance médicale, on doit reprendre son souffle à la sortie de la projection. Peter Watkins signe avec The War Game, réalisé alors qu’il avait 30 ans, son deuxième film pour la BBC, pour lequel il a recours au procédé du faux reportage. Un moyen qui lui permet d’instaurer, pendant chacune de ces 50 minutes, l’enfer sur l’écran et une prise de conscience politique chez le spectateur. Un procédé qu’il a déjà utilisé dans ses premiers courts-métrages et notamment The Forgotten Faces, réalisé en 1960, où il reconstitue le soulèvement hongrois de 1956. Un procédé qu’il répète dans son premier long-métrage, Culloden, réalisé en 1964, qui rejoue la débâcle des troupes écossaises face aux troupes d’élite anglaises du duc de Camberland, bataille qui scelle définitivement, en 1746, l’avenir de l’Ecosse.

Mais qu’est-ce que ce procédé au cœur de l’œuvre de Peter Watkins dans les années 60 ? C’est bien sûr l’emprunt au style du reportage, notamment ses mouvements de caméra saccadés, dignes des actualités télévisées en temps de guerre, et les visages remplis d’horreur cadrés en gros plan face caméra. Peter Watkins explique que pour le tournage de la révolte hongroise dans les faubourgs de Canterbury, il s’est nourri « des reportages-photos de Paris-Match réalisés à Budapest ». « A l’époque ma réflexion sur les médias n’avait pas vraiment commencé. Mais j’étais influencé par la forme du film de Truffaut, Les 400 coups , et j’étais déjà conscient que la narration à la télévision était de type hollywoodien, très superficielle, et qu’il n’y avait pas beaucoup de sujets sociaux. C’est pourquoi je fais intervenir une équipe de télévision car je voulais montrer que les actualités télévisées, tout comme moi, pouvaient truquer leurs reportages ». La préparation de The War Game révèle une enquête minutieuse sur les bombardements de Hambourg, Dresde, Hiroshima et Nagasaki, et le recours à de nombreuses interviews des différents responsables britanniques. Au sein même du film, Peter Watkins met en scène des interviews sur le vif des forces en présence – autorités politiques, religieuses et médicales -, et des micro-trottoirs auprès du grand public. Au final, le faux-reportage, en poussant le dispositif télévisuel classique à son paroxysme, le met en abîme, résumant toute la colère du cinéaste sur la superficialité de la mise en spectacle. Plus qu’une expérience du traumatisme, il convoque la conscience du spectateur sur l’événement, sa signification universelle et son traitement dans les médias. Derrière ce dispositif, Peter Watkins court après son idéal, susciter un électrochoc afin de réinstaurer un dialogue avec le public.

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   LA CENSURE TRAUMATIQUE

Avec sérieux et humilité, Peter Watkins a tenu à présenter lui-même chacun de ses douze films projetés à La Rochelle (cf filmographie). En parlant de The War Game, il revient à la source de son travail et à la perception qui en a été faite en Grande-Bretagne. « En fait, le gouverment britannique s’est inquiété dès qu’il a connu le sujet du film. Il a tout de suite appelé la BBC qui l’a d’abord rassuré par le fait que j’étais un jeune réalisateur. Mais une fois le film terminé, la production a organisé des réunions secrètes avec les directeurs de cabinet des ministères de la Défense et de l’Intérieur… » Quelques semaines plus tard, le verdict, traumatique, tombe : le film est censuré, à la demande de la BBC, sur toutes les chaînes de télévision pendant vingt ans. Une BBC qui a pourtant recruté le jeune Peter Watkins, mais qui n’a jamais reconnu avoir subi quelque pression que ce soit, rejetant officiellement le film en le qualifiant « d’échec », ajoutant qu’il pouvait « choquer les enfants et les personnes âgées » !

Le cinéaste s’est alors retrouvé face à un paradoxe. Censuré, c’est avec ce film qu’il sort de l’ombre où l’on a voulu l’enfermer. Il remporte en 1966 l’Oscar du meilleur documentaire pour cette œuvre de politique-fiction ! Il gagne le surnom d’Orson Welles britannique en référence à la panique causée en octobre 1938 par le futur cinéaste américain lors de la diffusion de son adaptation de La Guerre des Mondes de H.G. Welles sur les ondes radiophoniques de CBS. Il portera ensuite son film à travers le monde, répétant l’histoire devant un public toujours médusé. Mais la censure pèse lourd. Après ce coup de tonnerre, le cinéaste affronte l’année suivante les foudres de la critique britannique suite à son nouveau film, Privilège, l’histoire d’une pop-star instrumentalisée par les lobbies financiers et par l’Eglise pour mieux détourner les jeunes de leurs préoccupations politiques et sociales. Il monte alors un projet américain avec Marlon Brando, Proper In The Circumstances, film sur les guerres contre les Indiens Sioux. Universal Pictures le refuse. Il décide alors de quitter définitivement sa terre natale.

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   « FUCK YOUR TELEVISION ! » : PUNISHMENT PARK

Cinéaste censuré, Peter Watkins connaît l’exil jusqu’à la fin des années 80. Deux décennies pendant lesquelles il enchaîne les tournages, en quête d’un espace enfin libre de diffusion. Arrivé en Suède en 1968, il s’attaque à la réalisation de The Gladiators (Les Gladiateurs), film pacifiste dans lequel sa critique du pouvoir médiatique s’affiche clairement. Il y met en scène un jeu de massacre télévisé qui fait s’affronter un commando chinois et un commando occidental, le tout joué devant de cyniques attachés militaires représentant les deux camps. Jusqu’où la manipulation télévisuelle peut-elle aller ? Dans le film, disposer du droit de vie ou de mort est un geste aussi simple qu’appuyer sur un bouton, celui qui commande les entrées et les sorties des Gladiateurs… Rarement projeté en France, le film produit par Goran Lindgren, également producteur de Susan Sontag, a été très critiqué en Suède à sa sortie. Peter Watkins reprend alors le chemin de l’exil pour s’envoler vers les Etats-Unis où il réalise son deuxième opus le plus connu, Punishment Park, en 1970. Après la politique extérieure britannique, Peter Watkins se sert du contexte – la guerre du Vietnam et les mouvements contestataires américains – pour vilipender la politique intérieure répressive de Richard Nixon. Un nouveau film-coup de poing qui démonte la mécanique propagandiste à l’œuvre aux Etats-Unis et dont l’écho actuel n’est pas à négliger.

Punishment Park raconte le procès d’un groupe de jeunes américains devant une cour martiale. Avec cette idée scénaristique : pour échapper au verdict de la cour, les accusés peuvent sauver leur peau s’ils réussissent à atteindre le drapeau américain – tout un programme -, situé au bout de 80 kms de désert. Une chasse à l’homme à laquelle Peter Watkins convie les médias par l’intermédiaire d’une équipe de télévision actrice du film, qui suit l’évènement et interroge sur le vif. Si on retrouve le dispositif classique du cinéaste, la rage contenue dans le film est viscéralement rattachée aux évènements. Martin Luther King et JFK ont été assassinés deux ans plus tôt, et l’Amérique assiste au développement du mouvement des Black Panthers fondé par Bobby Seal et à la mission du FBI de couper court à l’explosion des mouvements révolutionnaires de toutes sortes. « Parmi les jeunes que nous avons choisis pour le film, plus d’un tiers étaient allés en prison pour des actes de dissidence et un tiers participaient à des actions de résistance à Los Angeles », raconte Peter Watkins. « Et pour recruter les policiers du film, nous nous sommes adressés à une base militaire qui se trouvait à proximité. Il y a aussi un dentiste et une femme très conservatrice qui ont accepté de jouer le rôle des autorités. »

Le processus de tournage a cette fois-ci évolué, l’essentiel du scénario passant à la poubelle, le réalisateur ne donnant plus aux acteurs que des informations sommaires : leur âge et une description de leur personnage en trois lignes. A eux d’improviser… « Le lendemain, on a commencé le tournage, un premier jeune est arrivé et tous les acteurs ont immédiatement joué le jeu. C’était incroyable. Mais j’ai eu peur, car il y a une scène, à la fin du film, où on s’est retrouvés complètement dépassés. Les policiers devaient tirer sur deux jeunes et j’en vois quatre à terre. Alors, je cours avec le chef-opérateur, croyant qu’on est en train de tuer mes acteurs car certaines scènes étaient tournées à balles réelles. Et c’est là que le policier que j’interroge me répond, « Fuck your television ». Cette situation est due aux évènements que nous étions en train de vivre aux Etats-Unis. Et en même temps, elle pose la question du rôle des médias et leur part de responsabilité ». Le film a été retiré de l’affiche à New York après quatre jours de diffusion, et est resté invisible sur les écrans de télévision et de cinéma américains. Peter Watkins raconte qu’il s’est alors tourné vers la Norvège « où les médias lui semblaient moins pires qu’ailleurs ».

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   NI MAOÏSTE, NI ALTERMONDIALISTE

Parmi les critiques récurrentes qui ont suivi la sortie de ses films, Peter Watkins a très souvent été qualifié de « cinéaste paranoïaque », « hystérique », « masochiste », « caricatural » mais jamais de « maoïste ». Aujourd’hui, on ne peut pas plus lui coller l’étiquette d’altermondialiste, parce qu’il critique ouvertement ce mouvement (cf Media Crisis ), et parce qu’il n’a jamais sombré dans une démarche manichéenne. Si les jeunes de Punishment Park apparaissent comme des victimes, ils n’en sont pas moins naïfs, divisés et perdus… En revanche, sa foi dans le pacifisme et l’humanisme ne s’est jamais démentie. Ses films sont autant d’hommages à des visages et à des voix que la télévision a depuis longtemps ignorés. Et s’il a annoncé, à La Rochelle, avoir décidé d’arrêter de travailler pour le cinéma et pour la télévision, « c’est parce que j’ai honte de cette profession » avoue-t-il. « Il est temps de descendre le cinéma et la télévision de leur piédestal, de les ramener au niveau des gens. Le débat sur cette question est absolument nécessaire. »

La fin d’un cinéaste ? « Je vais quand même continuer mon projet en travaillant peut-être à un film sous la forme d’un DVD. J’aimerais continuer à explorer le processus audiovisuel. Par exemple, je souhaite organiser des interviews en cassant les contraintes, où les gens pourraient choisir de regarder ce qu’ils veulent, la caméra ou pas, en ayant conscience qu’ils font un choix délibéré. Au final, c’est à eux que revient la décision du plan. »

Filmographie issue du catalogue édité par le festival de La Rochelle 2004.
2000 – La Commune, Paris 1871
1994 – Le Libre Penseur / The Freethinker
1991 – The Media Project
1986 – Le Voyage / The Journey
1976 – Force de Frappe / Evening Land
1975 – The Trap / The Seventies People
1971 – Edvard Munch, la Danse de la vie
1970 – Punishment Park
1969 – Les Gladiateurs / The Gladiators
1966 – Privilège / Privilege
1965 – La Bombe / The War Game
1960 – The Forgotten Faces
1959 – Le Journal d’un Soldat Inconnu / The Diary of an Unknown Soldier
1958 – The Field Of Red
1954 – The Web

 

Series TV en cours de visionnage


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Battlestar Galactica

Série créée par Glen A. Larson, Ronald D. Moore  en 2003
Avec : Edward James Olmos, Mary McDonnell
Format : 42 mn.   – Genre : Fantastique

Synopsis : Puissants robots, les Cylons règnent en maître sur l’univers. A bord du dernier vaisseau de guerre, le Galactica, des humains tentent de survivre en entreprenant le voyage de la dernière chance : trouver une légendaire planète appelée la Terre.

Notes : En 2003, soit 25 ans après la série originale (1978-1979) avec Richard Hatch et Dirk Benedict dans les rôles de Apollo et Starbuck, Sci Fi Channel lance une mini-série. Pour surfer sur le succès de cette nouvelle adaptation, la chaîne commande alors une nouvelle série d’épisodes.

Avis :
Après avoir visionné le pilote d’une durée de près de 3h! voilà les 4 premiers episodes d’une durée plus classique de 40min chacuns. Serie a grand budget aux thematiques plutot attrayantes (Robots qui se sentent humain, humains qui ne savent pas qu’ils sont robots, fin de l’humanité reduite a un convoi perdu dans l’espace, utilisation à contre emploi de pas mal de choses amusantes). Une serie de SF pas mal. Les abatailles spaciales sont pas mal filmés du tout, et ouvre sur des denouements qui nous tiennent bien en haleine. La musique est assez bien choisie aussi.

Ma note : 7/10

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S.C.R.U.B.S

Série créée par Bill Lawrence  en 2001
Avec : Zach Braff, Donald Adeosun Faison
Format : 22 mn.   – Genre : Comédie, Médical

Synopsis : J.D., Turk et Elliot font leur internat de médecine à l’hôpital du Sacré Coeur. Ils y découvrent que la vie n’y est pas facile et se retrouvent bien souvent dans des situations des plus loufoques.

Avis : Serie amusante qui lorgne vers Urgences (forcement) matiné d’un humour debridé aux notes surrealistes à la Ally Mc Beal. Distrayant. 

ma note : 5/10


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La Caravane De L’Etrange

Titre original : Carnivàle
Saisons : 2 – Episodes : 24 – Statut : arrêtée en 2005
Série créée par Daniel Knauf  en 2003
Avec : Nick Stahl, Clancy Brown
Format : 50 mn.   – Genre : Drame, Fantastique
Nationalité : Américaine

Synopsis : En Oklahoma, durant la Grande Dépression de 1934, la bataille ancestrale entre le Bien et le Mal prend place au sein d’une troupe de forains pour le moins étrange.

Avis : Serie HBO au budget énorme (encore une fois). Une ambiance forte, des personnages plein de charisme, le tout baignant dans un etrange bain matiné d’esoterisme… Bonne serie!

ma note : 8/10

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